S'inscrire
Journal d'un expatrié au Cambodge, vues sur le village monde…

Le Cambodge pille sa pharmacopée pour satisfaire la demande de ses voisins.

Hier sur le marché de j’ai vu un loris à vendre. Pour 10€ j’aurai pu acheter ce petit animal nocturne et protégé. Une question de conscience se pose souvent dans de tels moments. Faut il céder à la sensiblerie et acheter l’animal pour le libérer ? Par cette question, une réflexion plus profonde s’impose sur l’utilisation de la faune et la flore sauvage au Cambodge.

kampot marketLe marché de Kampot est un concentré de vie, comme tout les marché du Cambodge. Les fruits étranges et les animaux de tout genre peuplent les étals ; les odeurs nous guident vers telle ou telle spécialité. J’adore me promener le matin au milieu de l’effervescence. Mais hier je ne m’étais pas préparé au choix de conscience que j’allais devoir affronter : au détour d’un marchand, une femme assise à même le sol vendait un loris vivant (mais plus pour très longtemps). La petite bête aux yeux énormes me regardait apeurée et semblait implorer mon aide.

boucherie kampot

Que faire ? est-ce une bonne chose de l’acheter pour le libérer ou le soigner ?

La réponse peut paraître simple pour certains, mais lorsque de grands yeux sombres plongent au plus profond de votre âme, les évidences deviennent discutables. Première chose avant de juger trop rapidement, pourquoi cet animal protégé se retrouve sur l’étal d’un marché ?

Le loris est utilisé au Cambodge dans la médecine et la cuisine traditionnelle.

lorisKampot où je vis, est construit au bord d’une rivière qui longe le parc national de Bokor et se jette dans le golf de Thaïlande 10km plus au sud. Le parc national qui commence derrière ma maison héberge encore de nombreuses et rares espèces animales et végétales, quelques éléphants ont été apperçus l’année dernière et une emprunte de tigre à été prise en photo en 2009. Donc de nombreuses ressources sont disponibles pour le marché ; pourtant les espèces protégées ne sont pas très courantes à Kampot.

marché loris cambodgeLes cambodgiens ne peuvent plus s’offrir les ingrédients rares de la pharmacopée traditionnelle. Le marché mondial, protégé est dopé par la demande chinoise et les voisins thaïlandais et vietnamiens (plus riches) sont très friands de ces espèces disparues de leurs pays (pour en apprendre un peu plus).  C’est pourquoi le marché de Kampot n’est pas le plus riche en espèces protégées, ce genre d’étal, difficile à supporter aux yeux d’occidentaux, est beaucoup plus courant le long de la frontière nord avec la Thaïlande.

slow lorisLa nature cambodgienne, préservée par une histoire politique « mouvementée » est pillée quotidiennement pour les besoins de ses voisins.

Au Vietnam et en Thaïlande, de nombreuses espèces ont totalement disparu. Le Cambodge attise les convoitises, et le peuple cambodgien perd un patrimoine rare sans aucun bénéfice, même à court terme. La protection de la faune et la flore cambodgienne nous concerne tous parce qu’elle recèle des richesses méconnues et rares.

Alors que dois je faire de mon petit loris qui me regarde de ses grands yeux habitués à la nuit en foret tropicale ?

lorisL’acheter ne ferai qu’encourager sa chasse. Même si je le soignai, en prenant toutes les précautions d’usage, je deviendrai un client de plus de ce marché inhumain. Prévenir la police ? Elle ne ferai que s’enrichir d’un bakchich extorqué à la pauvre villageoise. Cette femme vend le loris pour nourrir sa famille. Parce qu’elle n’a trouvé que ce moyen (argent rapide), il n’y a pas de raisons d’enrichir un policier véreux qui la laissera partir chasser dans la foret en échange de quelques milliers de riel et quelques coup de bâton au milieu du marché.

La solution semble beaucoup plus complexe. En écoutant les organismes de protection de la nature, on se rend compte que la solution passe par l’éducation et la sensibilisation de la population. Il est important de sensibiliser la population à la disparition certaine des espèces qu’ils ont toujours connu ; mais il est vain de faire tout ce travail sans proposer d’alternatives intéressantes aux chasses en foret.

kampot boat

L’exemple de Kampot est intéressant à ce sujet. Les gardes forestiers du parc national de Bokor sont en sous-effectifs et sont inefficaces à cause de la corruption généralisée. Les touristes sont demandeurs de treks dans la jungle, de nombreuses possibilités sont possibles pour faire découvrir la richesse du parc tout en le protégeant (exemple des ballades en bateau). Avec une gestion plus saine du parc (sans parler de Bokor), accompagnée peut-être par des instances professionnelles étrangères ; une source de revenus significative peut-être créer pour protéger la vie du parc tout en créant des emplois.

bokorCet exemple de Kampot n’est peut-être pas applicable partout, mais des bonnes volontés suffisent souvent à trouver des solutions. Cette notion de protection de la diversité est acceptée en « occident », mais pour convaincre les cambodgiens il faut leur montrer l’efficacité dans les faits.

Il est beaucoup plus aisé de penser à la planète lorsque nos enfants ne meurent plus en bas âge.

lorisCela peut paraître choquant et l’on sait que la nature nous concerne tous, mais dans l’échelle des priorités ce combat ne leur parait pas encore essentiel. Respectons cela sans imposer nos vues, même si elles semblent primordiales. Trop de « blancs » viennent encore au Cambodge pour aider le pauvre indigène qui ne pourrait s’en sortir tout seul. Ce sentiment d’incapacité détruit la créativité khmer.

Si vous êtes témoin d’un commerce d’espèces sauvages, contactez

source : LGV

7 commentaires
  1. Salut Cédric. Je pense que tu as bien résumé ce choix cornélien qui s’est imposé à toi. Tu raisonnes à la manière d’un occidental certes, mais d’un occidental qui vit ces choses là de près, très près même.
    La façon dont tu réfléchi à ce qu’il faudrait faire est tout à fait pertinente, je n’ajouterai rien car c’est comme ça que je réagirai aussi si je me trouvais confronté à ce dileme.
    L’éducation et la satisfaction des besoins basiques de cette population est nécessaire si on veut progresser dans cette démarche de sauvegarde des espèces menacées, sinon c’est la satisfaction de ces besoins par la population elle même qui sera toujours prédominante.
    Le mot solidarité prend ici toute sa signification,non seulement solidarité entre les cambodgiens eux même, mais entre tous les peuples de la terre !
    Bonne continuation Cédric !
    Dernier article de DAN : Le prolongement du Bld François 1er C-3 &amp D-3 sur plan

  2. Qu’ajouter de plus ? Tu as tout dit et Dan l’a parfaitement synthétisé…
    Il est toujours facile de donner tel ou tel conseil ou de dire « ah bah non, il faut faire ça » depuis son écran de PC, en France ou plus généralement dans les pays dits occidentaux… Nous ne sommes pas confrontés aux mêmes choix, aux mêmes enjeux…
    Un article de plus qui nous fait découvrir un petit peu le Cambodge, de l’intérieur.
    Et un article de qualité ;-)

  3. @legrandvillage Comme le veut le dicton : « Ventre affamé n’a point d’oreilles ». Es-tu déjà allé dans la réserve de Phnom Tamao ? #Cambodge

    • non, jamais. Est-ce bien ?
      Je connais très bien le sud, des cardamones jusqu’au Vietnam, en passant par Ream et bokor.

    • @legrandvillage Alors si tu as l’occasion, tu verras que la condition animale est bien pire qu’au marché http://vivreaucambodge.wordpress.com/200… #Cambodge

      • merci pour la réponse, le lien est cassé, n’hésite pas à le remettre. Je ne dis pas que la condition animale est bonne au Cambodge, loin de là. Je dis juste que le marché de Kampot, malgré sa proximité avec le parc national est moins achalandé que ceux bordants la frontière nord…

?>