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Journal d'un expatrié au Cambodge, vues sur le village monde…

La notion du temps au Népal, où j'apprends que le "pas très long" est très relatif (2/2)

Suite de l’article précédent

Raju sort triomphalement un sac plastique du toit de chaume. Caché derrière une poutre, ce sac d’herbe attend ici depuis près d’un an. Son frère nous apporte un thé et un curry de légumes. Toute la marmaille du village m’entoure, les adultes sont plus timides. J’en profite bien sur pour faire quelques photos, tout le monde veut y passer, je me retrouve avec une cinquantaine de photos, de chaque villageois. Ensuite, lorsque la fièvre est retombée, une autre s’apprette à m’envahir. En effet Raju me sert un verre depuis un bidon très suspect puis commence à rouler un joint.

Le Rakchi est l’alcool national, fait à base de millet fermenté, il est blanc, un peu fade et plutôt traitre. Après quelques verres, Raju se retrouve rapidement dans un bel état. Pour éliminer tout ça, nous entreprenons une promenade de début de soirée, à flanc de colline à travers les champs. Le soleil est moins fort, la fin d’après-midi est agréable, je me remet peu à peu de mes émotions de la montée en . Nous grimpons jusqu’à un temple, mon guide est ravi de me montrer le lieu de son enfance, vite gâchée à Pokhara au contact de la drogue et des touristes inconscients qui viennent encore pour cela. Quand on connais un peu le pays, on comprend tout ce qu’ils perdent…

A la nuit tombée nous arrivons dans une minuscule mais pleine auberge. Il se commande un verre de rakchi et nous mangeons des noodles accompagnés des frasques de quelques ivrognes. L’un deux reconnais tout de suite dans le touriste que je suis malgré tout la pompe à fric bien connue. Il me demande entre deux hoquets, de participer à l’achat d’une pompe à eau pour le village, malheureusement pour lui et pour sa prochaine bouteille, je n’ai pas vraiment le sou. Sans me croire puisque je suis blanc, l’ivrogne retourne à son verre.

Nous sortons du bistrot étouffant, la nuit, sans lune, est totale. Raju à nouveau ivre n’est pas en mesure de retrouver le chemin, heureusement un de ses voisins et amis ouvre la route. Malgré ma sobriété je dois faire attention à ne pas trébucher tout les dix mètres comme Raju. Nous marchons longtemps, tantôt en escaladant, tantôt en dévalant la montagne, j’ai l’impression de marcher depuis trop longtemps. Moi qui adore l’orientation et me repère facilement, je suis désespéré dans ce noir quasi total, nous sommes éclairés par mon briquet laser ! Tout un programme. On s’arrête dans la cahute de taule d’un petit vieux, échangeons quelques mots puis nous repartons, le tout dans une ambiance surnaturelle. Le voisin nous quitte et nous sommes à nouveau deux dans le noir. Malgré une confiance toute relative en son jugé, je suis mon ami. Nous arrivons finalement à la maison de sa famille.

Nous entrons dans la maison, la pièce est unique et sombre, uniquement éclairée par le foyer qui vivote. Dans l’entrée sur la droite, une chèvre avec ses petits, je les devine sans les voir, sans électricité le foyer n’éclaire que le visage de la mère de Raju. Elle doit avoir 40 ans mais elle en paraît presque deux fois plus avec toutes ses rides. De la grande gamelle posé sur le feu elle nous sert du bath (riz), des tarkaris (légumes) ainsi que des légumes macérés dans du miel (succulent) ; du miel « maison » car la ruche se trouve sous le toit de la maison, elles entrent par un trou dans le mur marqué de peinture orange pour qu’elles se repèrent. Il n’y a pas de couverts, nous mangeons naturellement avec notre main (la droite bien sur), j’ai un peu de mal encore à faire des boulettes de riz avec une seule main. Par contre je me sert très bien de l’autre main, aux toilettes, normal je suis gaucher. Nous sortons digérer sur la terrasse, le doux joint d’herbe est agréable.

Comme les deux uniques lits de la maison sont déjà occupés par trois personnes, une large couche est aménagée pour nous sur la terrasse de bouse. J’entre tout habillé dans mon sac à viande, allongé sur une natte qui vaut tout les hôtels du mondes puisque la vue de nuit sur la vallée est magnifique. Je suis bien et j’observe les étoiles, resplendissantes dans cette nuit d’encre. Au loin quelques éclaires frappent les sommets, je ne tarde pas à m’endormir bercé par le chant des criquets et les chauves souris…

source : LGV

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2 commentaires
  1. Ouais ben faut être jeune pour faire un tel périple, moi je ne pourrais plus, c’est pourquoi je prend du plaisir à les lire ici. !

  2. Ca me rappel une certaine nuit dans le bérichon ou j’avais dormis avec les vaches et réveiller par le berger (des dit vaches ^^).
    Nice trip Cédric.

    Keep goin’.

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