Hier j’ai eu l’occasion d’aller voir les policiers de Kampot dans leur antre. Cette visite fut enrichissante, un vrai microcosme de la vie cambodgienne dans ses pires dérives.
Que l’on ne se trompe pas, dans cette article je ne condamne pas les policiers, généralement stupides et incultes, mais le système corrompu qu’ils encouragent et qui les fait vivre.
C’est la première fois que j’entre dans un commissariat (au Cambodge), d’habitude je ne recherche pas particulièrement la présence des policiers. Ils sont déjà assez nombreux aux croisements de rues à se reposer tout en extorquant les cambodgiens qui tentent de gagner leur vie.
J’entre donc dans l’enceinte de la police de Kampot (city) pour aider un ami qui a besoin d’un témoin. Sans entrer dans les détails de l’affaire pour protéger les acteurs de la farce, je peux déjà dire que cette histoire est ridicule et serait presque drôle si la vie d’une personne n’avait pas été en jeu. Les policiers ont cherché par tout les moyens à se décharger de leurs responsabilités.
Pendant l’attente que l’on m’avait imposé stratégiquement, j’ai pu observer à loisir les usages d’une visite au poste. Lorsqu’un client entre (de son plein gré) il trouve une demie douzaine de policiers avachis à l’ombre en train de se marrer devant un « soap » cambodgien. Bien sûr personne ne vient à sa rencontre, ce qui oblige le visiteur à s’approcher timidement jusqu’aux hamacs de la maréchaussée. A ce moment, un policier agacé indique à l’opportun un banc au soleil où il peut rejoindre les autres qui attendent que l’on daigne les appeler.
Tout ce théâtre a une seule raison d’être : perdre ou non la face. Les policiers agissent ici dans le but très clair de se montrer supérieurs aux visiteurs. Bien-sûr, ils sont aussi feignants et arrogants, mais ce n’est pas la première raison…
Lorsqu’enfin le contrevenant est appelé, il est invité à parcourir des photos d’accidentés étalées sur le bureau du « chef ». Cette méthode pourrai être efficace si l’on était pas habitués aux images sanglantes. Mais la télévision nous noie sous ce genre de scènes. Donc le conducteur de moto-dop regarde les photos, impassible et obéissant.
Après ce vernissage, le policier demande une somme d’argent au citoyen pour qu’il puisse reprendre possession de son deux-roues. Sur le parking du commissariat, une trentaine de motos ont ainsi été kidnappées par les policiers. La règle pour toute contravention à moto (non port du casque pour le conducteur) est que les policiers prennent en otage le scooter pendant deux jours et que le propriétaire doit payer pour récupérer son véhicule.
Ces « prises d’otages » à répétition représentent une grande partie des ressources des policiers. Avec le droit de passage perçu aux carrefours, un policier double ainsi son revenu.
Pour un novice, les scènes jouées dans ce commissariat peuvent parraitrent naturelles. Mais la vérité est une joute pour garder la face. Pour moi qui n’était pas fautif, il était indispensable que je me montre supérieur aux fonctionnaires qui avaient besoin de moi pour boucler leur affaire. La différence de traitement devenait presque drole si l’on ne songe pas que les khmers doivent composer tout les jours avec ces parasites pour vivre et travailler.
Les services de l’ONU avaient défini un seuil de salaire en dessus duquel un fonctionnaire ne ressent plus le besoin de compléter ses revenus. Un équilibre se fait entre le salaire confortable et la peur de la sanction qui réduit naturellement la corruption. Au Cambodge, les salaires ne sont pas confortables (moins de 100 dollars par mois) et aucune sanction n’est prise contre ceux qui abusent de leur situation.
La corruption est un mal difficile à juguler, et aucun pays n’en est complètement débarrassé. Le Cambodge fait partie des pays les plus corrompus, et cette situation est la cause principale des difficultés que connaissent les khmers à s’enrichir et progresser dans la société. Il est temps de faire preuve de courage et d’oublier ses intérêts personnels, il est temps qu’un gouvernement mature au service de la société prenne ces décisions simples mais courageuses.
Pour que le Cambodge cesse de vivre sous perfusion de l’aide extérieur, pour que le Cambodge devienne viable économiquement (surtout face à ses voisins impérialistes), il est primordial de lutter contre la corruption en augmentant les salaires des fonctionnaires et en contrôlant strictement les abus de pouvoir.
source : LGV
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Voilà un article qui aurait pu être écrit dans bien d’autres pays de par le monde, car , hélas, la corruption est inhérente à la nature humaine. Seul un pouvoir ferme pourrait le juguler, mais si la corruption commence au bas de l’échelle sociale et est sans trop de conséquence, il en est tout autrement en haut de la pyramide des responsabilité où là, la corruption fait office de « savoir-faire » sans laquelle il est impossible au postulant d’accéder au pouvoir. Et s’il y parvient, il devra, en toute logique, renvoyer l’ascenseur à ceux lui ayant permis d’accéder aux responsabilité. Bref, c’est le serpent qui se mord la queue. Seul un dictateur pourrait décider d’arrêter cette corruption, mais a t-on déjà vu un dictateur « démocrate » ?
Je crains héla qu’il ne faille attendre encore beaucoup de temps pour voir ce type de pratique disparaître, et si un jour elle disparaît ce sera par la volonté du plus grand nombre !
Bien dit !
Pour que cela arrive, il faut que ce « plus grand nombre » prenne conscience de son pouvoir. Au Cambodge comme en France…
Bonjour LGV !
voilà un bon sujet journalier , de la vie de tous les jours , que les cambodgiens vivent avec !
C’est agaçant ! mais comment on peut faire pour déraciner cette maladie !
Dès le premier pas , quand on sort de l’aéroport de Pochentong déjà , les agents d’états demandent de l’argent au voyageurs ! Bonjour , l’image de marque !
L’argent reçut , une partie va être alimenté la hiérarchie et le reste , c’est personnel pour s’enrichir ou pour pouvoir nourrir la famille .
Pourquoi la hiérarchie ?
On alimente la hiérarchie , parce que celle-ci fera la même chose à la sienne , un genre de cascade , jusqu’en haut de la machine de l’état ( ministre …) . Cette situation , Le Cambodge avait connu depuis longtemps , on dirait c’est un coutume ou un genre de maladie de la Société khmère .
Je ne peux citer ce que j’ai vécu dans ce pays , depuis l’époque Sihanouk puis Lon Nol (1970-75) , et puis maintenant .
Les cambodgiens innocents et victimes ont créé un slogan :
» Si tauch tam tauch , si thom tam thom » veut dire , » corruption de petites échelles réservés aux petits fonctionnaires , celles de grandes échelles aux hauts fonctionnaires »
- en bas de l’échelle , des petits sous , style PV infraction de code de route , jouer au jeux de cartes avec l’argent , toutes sortes de paris non autorisés : Apong , combats de coq …ect
- moyen sous , style douaniers( à la frontière thaïe , vietnam ), agents forestiers (vol du bois ) , les pièces administratives ( carte d’identité , visa , carte grise …)
- gros sous , en haut de l’échelle ( obtention des lots de pêches , crimes , obtention des bonnes places où rapportent des gros sous comme chef des douaniers , chef de ports maritimes ou fluviales …ect) .
Même chez les Khmères Rouges , la corruption existait aussi , mais sous forme d’une autre manière : pas d’argents mais sous forme d’aliments .Lors de leurs visites dans les coopératives , les Chefs des KR étaient toujours reçus avec des plats exceptionnels , aux yeux de la population qui n’avaient rien dans leur estomacs.
Le plus grand catastrophe que engendre la corruption et que je connaissais , c’était l’époque Lon Nol de 1970-1975 . A mon avis , si la République Khmère 1970-75 , était battue trop rapidement , l’un des facteurs très importants , c’est à cause de la corruption :
- les commandants des régiments , bataillons de l’armée , gonflaient les effectifs afin de toucher les surplus de salaires de troupes qui n’existaient pas ,
- ils vendent même les munitions , les médicaments aux KR ,
- les soldats morts , leurs épouses ne touchaient pas de pension , car leur chef avait volé .
Quand on donne l’arme à l’ennemi , on ne peut que perdre .
- les spéculations de toutes sortes à la capitale par les grosses sociétés commerçantes chinoises sous les complices de certains ministres : manque d’essence , manques de denrées alimentaires ( riz , sucres , sels …).
A l’heure actuel , le fruit de corruption est très visibles .
Les exemples concrets :
Comment un okgna ( titre qu’on donne à un riche cambodgien depuis les KR) , possèdent 4 ou 5 villas , des grosses 4×4 ,des dizaines de garde de corps , des millions de $ à la Banque en un si peu de temps .
L’autre corruption qui est plus pardonnable , ce sont des petits fonctionnaires ! Avec un salaire de 70 $ , ils ne peuvent pas vivre et nourrir leur famille .
Ex : 1 l d’essence à 1,2 $ , 1 kg de riz à 0,5 $ …
Ils sont obligés de corrompre ( rok si krao : chercher un complément de salaire) .
Ce sont ces personnes qui sont très mal vus par la population !
D’où votre reportage !
La grosse corruption détruira le Cambodge . On parle de l’exploitation de gisement de pétrole ,de matières premières , des autres grandes exploitations ( usines ou autre) , des destructions massives de la forêt et de pêche . Toutes ces mannes doivent rentrer à la Caisse de l’état et redistribueront aux petits fonctionnaires .
C’est le seul remède qui va améliorer la situation .
Même , si on n’arrive pas à réaliser à 100 % , c’est toujours la meilleure solution .
Je pense donc que corrompre , est une sorte de vol ayant deux conséquences plus ou moins graves :
Voler pour survivre , ce n’est pas trop grave , c’est pardonnable !
Mais voler pour être millionnaire , mérite d’être sanctionné et sévèrement !
Bonne analyse, merci pour ta contribution ! Si la population est encouragée à lutter contre la corruption (avec un n° pour dénoncer les policiers véreux par exemple) ET si les salaires des fonctionnaires sont valorisés ; la corruption peut être juguler. Les khmers ne veulent plus de corruption…